Notes de lecture du livre d’Idriss Aberkane – Libérez votre cerveau

Par Christophe Collignon

Extrait des notes de lecture pour IMATECH afin de retenir ce qui pourrait être utile à l’entreprise et ses équipes, notamment dans la démarche du « chemin de la confiance ». Il y a aussi dans cet ouvrage d’excellentes descriptions scientifiques et techniques, de nombreuses références, notamment à la sagesse soufi, aux start-up californiennes, et des comparaisons pédagogiques que je n’ai pas essayées de résumer et que je vous laisse découvrir par vous-même.

Idriss ABERKANE : Considéré comme un petit génie des neurosciences appliquées, il est titulaire de trois doctorats. Agé d’à peine trente ans, il a déjà donné une centaine de conférences sur 4 continents et conseille plusieurs gouvernements sur leur système éducatif.

Dans son livre, Idriss Aberkane nous invite à prendre le parti du cerveau selon 3 axes :

  1. L’économie de la connaissance : Le partage de la connaissance enrichit chaque partie.
  2. La prise en compte de la nouvelle mesure des possibilités de notre cerveau.
  3. L’importance de l’égo, s’il est mis au service des autres (l’hyper individualité). Les projets qui nous tiennent le plus à cœur sont ceux qui nous permettent à la fois de nous rendre utiles et de nous épanouir.

 

 Axe 1 : L’ECONOMIE DE LA CONNAISSANCE.

a/ Construisons les autoroutes de la connaissance

Pour commencer, définissons Information et Savoir :

  • l’information est ponctuelle,
  • le savoir est reproductible

Si nous possédons des infrastructures pour l’information, il nous manque des infrastructures pour la connaissance.

Nous surestimons l’importance de l’information et négligeons le savoir.

Nous produisons beaucoup plus de connaissances que nous ne pouvons en transférer, c’est un problème qui affecte les Etats autant que les entreprises.

Pour développer les autoroutes de la connaissance, nous devons passer par des canaux d’acquisition sensoriels que l’évolution, dans sa sagesse pratique, a développé en nous.

Nous devons apprendre en groupe de toute urgence.  Il serait fou pour le cerveau de l’humanité de confiner le savoir à un seul humain !

Pour toutes les choses qui comptent dans notre cerveau, des populations de neurones travaillent en groupe ; pour toutes les choses qui comptent dans l’histoire de l’humanité, des populations d’humains ont travaillé en groupe.

b/ Un savoir potentiel infini

L’économie de la connaissance est la plus ancienne des économies. Son intérêt réside dans un savoir potentiel infini :

« Quand on partage un bien matériel, on le divise, quand on partage un bien immatériel on le multiplie » Serge SOUDOPLATOFF – IBM – 1984.

La connaissance est prolifique, sa quantité mondiale double tous les sept ans en quantité, pas en qualité. Elle croît bien plus vite qu’un individu ne peut l’acquérir.

Pour en bénéficier, nous sommes face à deux solutions immédiates : soit apprendre en groupe, soit apprendre ergonomiquement. Mais il subsiste un problème : si nous produisons énormément de connaissance, nous ne produisons pas beaucoup de sagesse (cf. Rapport approximatif à la vérité de D. Trump). Nous sommes philosophiquement immatures.

«Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Rabelais

c/ Le pouvoir d’achat du savoir

Tout le monde nait avec du pouvoir d’achat de savoir. Pour en acheter il faut payer de l’attention multipliée par du temps.

attention x temps consacré = savoir

L’ergonomie maximale de cette attention est atteinte quand on s’amuse.

Les jeux sont redoutables pour capter l’attention. L’émerveillement est un moteur précieux, on maximise la volonté d’apprendre si l’on aime le sujet que l’on apprend.

Les start-up de la Silicon Valley voient le jour non pas parce qu’il y a un marché, mais par amour. Ces entrepreneurs ne se lancent pas dans le métier parce qu’ils savent le faire (leur savoir-faire est souvent bien inférieur à celui de leurs concurrents établis), mais parce qu’ils adorent le faire. La totalité de leur connaissance est acquise par passion.

d/ La transmission du savoir par le jeu 

L’éducation ergonomique est multimodale, multicanal. Il faut remettre l’épanouissement au cœur de la mission éducative. L’école du XXIe siècle devra délivrer un enseignement à la fois massif et ergonomique.

« Il ne faut pas forcer le cerveau à ressembler à notre école, il faut forcer l’école à ressembler à notre cerveau »

Jouer est la meilleur façon d’apprendre, parce que le jeu encourage une pratique prolongée et assidue. Matthew PETERSON a expérimenté l’enseignement des mathématiques par le jeu vidéo à des élèves en obtenant de très forts résultats.

Le plaisir n’est pas anti- professionnel !

La passion est raisonnable.

e/ Apportons du sens à notre travail et une âme à nos lieux de travail.

A l’image de nos muscles, le cerveau dépérit dans la souffrance, mais s’épanouit dans la contrainte. Notre liberté consiste à décider par nous-même quand et comment nous lui imposons cette contrainte. Le cerveau n’aime pas les tâches répétitives et limitées sur le plan cognitif. Il faut donner du sens, car d’une façon générale notre cerveau a horreur de réaliser une tâche sans en connaitre la raison : l’évolution l’a sélectionné pour ne pas se prêter à ce genre d’exercice.

En entreprise si vous avez travaillé toute votre vie dans une culture de la souffrance, vous serez plus enclin à ridiculiser ceux qui défendent le bien-être au travail. Plus la société est frustrante, plus elle facilite les échanges de violence.

La pression des pairs (penser comme le groupe pour ne pas en être exclu) est un puissant moteur dans la structuration de notre pensée et de nos comportements, et l’humain préfèrera en général un monde malsain connu qu’un monde sain mais inconnu.

Ce qu’il faut pour faire émerger des entreprises agiles c’est une grande confiance, en soi et en l’autre. Et cela commence par la confiance et soi.

Jouer c’est jouir, ce ne serait donc pas sérieux. Si la nature, qui ne fait pas de cadeau, a sélectionné cette méthode, pour l’apprentissage des petits mammifères, c’est que c’est la plus sérieuse. Les jeux encouragent une pratique délibérée, continue et une «excellence amusante ». Etre geek, est désormais un atout pour intégrer les grandes universités américaines. Etre gamer est un critère nécessaire d’embauche chez Google. Certains élèves en échec scolaire développent par le jeu des niveaux algorithmiques et informatiques dignes d’élèves de master.

Villes dortoirs ou bureaux standardisés, nous avons créé des environnements vides de sens, il faut reconstruire des lieux neuroergonomiques, qui soient l’écrin de nos corps. Créons des rues vivantes et intéressantes, faites des réseaux entrelacés, multifonctions, en coopération avec la nature.

Axe 2  LA NOUVELLE MESURE DES POSSIBILITES DE NOTRE CERVEAU

a/ Faisons de l’échec un diplôme

Bill Gates avouait un jour : « J’ai échoué à mes examens. J’ai un ami, par contre qui a réussi tous ses examens à Harvard. Lui est ingénieur chez Microsoft… ».

Moralité : L’échec est un diplôme. Il y a un univers entier, y compris l’entrepreneuriat, que la vie ferme à ceux qui n’ont pas ce diplôme-là.

Donc à quiconque voudrait exceller, Idriss Aberkane donne le même conseil : aussi bien intellectuellement qu’économiquement, ne jamais rester à sa place. Si ce conseil devait être vérifié, on comprendrait sans doute pourquoi les nations dont la culture tend à garder les gens à leur place brident l’excellence humaine. Il a également observé que ceux qui sont sagement restés à leur place ont tendance à détester ceux qui ne l’ont pas fait. Leur confrontation avec les innovateurs est psychologiquement insupportable parce qu’elle les renvoie à un choix décidé d’avance : admettre qu’ils auraient pu, ou dû, quitter leur place.  Or notre monde post moderne, en mutation et en crise a besoin des innovateurs.

b/Dopons les capacités de notre cerveau

Pour doper les capacités de notre cerveau, il est recommandé d’utiliser le mode narratif pour favoriser la mémorisation. L’idée est aussi de donner du relief aux choses, pour mieux les agripper, une forme de « poignée mentale », dont le cerveau aime se munir, c’est une des bases de la neuroergonomie (les paroles d’une chanson, portées par du sens et adossées à une mélodie se retiennent beaucoup mieux qu’une suite de mots).

L’idée que l’homme puisse aider son cerveau à trouver les neurones experts parmi la foule des autres neurones n’est plus très loin.  Les stimulations transcrâniennes pourraient être au cerveau ce que les exosquelettes sont au corps : une assistance amplifiant le levier de certains neurones. Les conséquences de cette technique sont potentiellement immenses. Sur certaines connaissances, on pourrait amplifier extraordinairement l’apprentissage et la rétention, et construire de véritables «autoroutes de la connaissance». Et j’aime à penser que le partage de l’expertise et du ressenti pourrait rapprocher les humains.

c/Notre cerveau est saturable

Nous avons en nous des performances « captives », aussi bien sur le plan cognitif que sur le plan physique, et nous pouvons les libérer à certaines conditions, par exemple sous adrénaline. Nous pouvons « libérer notre cerveau » de ses automatismes et de ses peurs. Ce que nous savons est plus « grand » que ce que nous pensons savoir, ce que nous savons faire est plus « grand » que ce que nous pensons savoir faire. Par ailleurs, notre cerveau a tendance à se conformer à ce qu’il croit de lui-même, et de fait, lorsque nous nous persuadons que nous sommes incapables de réaliser une tâche, nous avons beaucoup plus de chance d’y échouer. C’est le cas typique de la prophétie auto-réalisatrice.

 

Axe 3  DEVENONS « EXTRAORDINAIRE »

Nous pourrions tous être des êtres « extraordinaires », car ce qui les séparent des êtres « ordinaires », c’est la pratique délibérée, dont le moteur le plus puissant est l’amour, la passion de notre tâche qui nous permet d’y exceller.

« Le rôle de la bureaucratie, c’est de mettre un maximum de distance entre le preneur d’un risque et le receveur de ses conséquences » selon Nassim NICHOLAS TALEB. Et l’éducation nationale est structurée de cette façon. La meilleure façon de progresser est d’être au contact immédiat des conséquences de ses décisions, et c‘est exactement le contraire de ce que fait un ministre. Le professeur, lui, est au contact des élèves. Il est le seul à qui l’on puisse confier l’innovation pédagogique basée sur l’expérience. (cf. lien avec la nécessaire subsidiarité dans les entreprises libérées, «c’est celui qui fait qui sait »).

« L’égo est le premier destructeur de valeur dans une entreprise. » Alp ALTUN. Il faut bien distinguer ceux qui mettent leur égo au service de leur entreprise (Yves Saint-Laurent, Steve Jobs, Elon Musk) de ceux qui mettent leur entreprise au service de leur égo.

La vérité est un miroir brisé dont chacun possède un petit morceau. Mais les égos poussent à considérer que chaque morceau est un tout, et que le partager serait perdre en statut social. Les échanges de savoir prennent du temps, et les combinaisons de savoirs en créent de nouveaux.

 

Conclusion

On créera de la neurosagesse en comprenant pourquoi il faut entrainer notre cerveau. Idrisse Aberkane nous propose 7 exercices de gymnastique de l’esprit pour libérer le pouvoir de votre cerveau.

  1. Subjectivité. Pratiquons la méditation en pleine conscience. C’est savoir mettre à nu son esprit, en dehors des impuretés mentales (névroses, rancœurs, frustrations, croyances limitantes, schémas, automatismes) qui nous confinent.
  1. Application. Sachons désinstaller les «pourriciels». Gérons nos « drivers » et dégageons-nous des modes de pensée limitants appris.
  1. Impuissance apprise. Libérons-nous de nos chaînes mentales. Nous sommes beaucoup plus puissants que notre éducation nous le fait croire.
  1. Néophilie délibérée. On ne persévère jamais autant que lorsque l’on aime ce que l’on fait. Adoptons la « can-do attitude ». « Je peux le faire ».
  1. Exploration. Pratiquons l’exploration et la flexibilité mentale. Ne nous laissez pas enfermer dans un système de fausse motivation de la carotte et du bâton. La vérité n’a aucune forme.
  1. Lieu. Spatialisons notre pensée, bâtissons nos palais mentaux
  1. Pairs. Tant que nous penserons en fonction des autres, nous ne serons pas libres. Ne nous inquiétons pas de ce que pense autrui .

 

 Je vous engage donc à lire l’ensemble de l’ouvrage, qui illustre chaque point par des exemples pratiques, et très documentés.

Voir aussi

http://www.hbrfrance.fr/chroniques-experts/2017/01/13789-pourquoi-les-neurosciences-vont-elles-revolutionner-votre-facon-de-manager/

Et tous les TEDx disponibles d’Idriss Aberkane

 

 

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