AISECO, ENTREPRISE AUTO-MANAGEE PAR SES SALARIES

AGE_1307054944.jpgAISECO étonne à plus d’un titre. Créée en  2007 par Laurent Guérin, la société conseille et accompagne les entreprises dans la diversification de leurs activités. Pour ce faire, la PME de  L’Herbergement, en Vendée, a développé un moteur de recherche spécifique dont les algorithmes ont séduit le géant californien Google qui a signé un contrat pour les utiliser dans ses produits pour les entreprises (Google Search Appliance) et pour ses recherches Big Data (Big Query). Plus surprenant encore, le dirigeant d’AISECO qui déclare « détester le management », mais aime faire sauter les tabous, a confié le management de l’entreprise à ses salariés.

Bienvenue chez AISECO, entreprise inclassable et auto-managée.

AISECO emploie 36 salariés : chercheurs, concepteurs-designers et chefs de projet industriels. Une dizaine de collaborateurs sont basés à Palaiseau dans l’Essonne, les autres se répartissent entre trois zones géographiques : l’Asie, l’Amérique et l’Europe. Laurent Guérin, quant à lui, se partage entre la Vendée où il réside et les différents sites de son entreprise.

  « J’ai abandonné le management de l’entreprise à mes salariés »

« Je ne me suis jamais senti l’âme d’un manager. J’ai abandonné 100 % du management de l’entreprise à mes salariés tout simplement parce que je n’aime pas cela », déclare Laurent Guérin. Dans un premier temps, le dirigeant envisage de confier cette tâche à un fondé de pouvoir. Mais s’aperçoit rapidement, devant le refus de ses salariés, que cette solution n’est pas la bonne.

j'ai commis l'erreur de réfléchir à la place de mes collaborateurs

« J’ai commis l’erreur de réfléchir à la place de mes collaborateurs. Maintenant ma méthode est de poser la question devant tout le monde. Cela génère des réponses ou, à tout le moins, des pistes de réflexion », explique-t-il. En l’occurrence, la décision est prise de proposer aux salariés de s’investir davantage dans l’entreprise et d’en assurer eux-mêmes le management.

  « J’ai fait sauter le tabou de l’argent »

« Après cette décision, la seule question pertinente à se poser était la suivante : quel signe fort va montrer à mes salariés que je leur abandonne effectivement le pouvoir et qu’il ne s’agit pas d’une posture ? », interroge Laurent Guérin. A ses yeux,  la réponse est claire : «  il faut faire sauter le tabou de l’argent ».

ils fixent également le salaire de leurs dirigieants

Depuis 2010, ce sont donc les salariés qui décident eux-mêmes de leur niveau de rémunération. Ils fixent également le salaire de leur dirigeant.

Les décisions sont prises collectivement au sein de 3 collèges

Les décisions opérationnelles et stratégiques sont prises collectivement au sein de trois collèges. Ceux-ci sont composés de 5 collaborateurs volontaires, engagés pour deux ans. Les salariés ne peuvent participer qu’à un seul collège à la fois, mais ne peuvent pas enchaîner deux missions de suite au sein d’un même collège.

3 collèges ont ainsi été mis en place.

sticker-fleche-6Le collège « masse salariale » gère les salaires, les primes, les recrutements et les licenciements. A tout moment, tout salarié peut faire une proposition sur son niveau de salaire.

Elle est ensuite examinée, et si elle ne va pas à l’encontre des équilibres financiers de l’entreprise, elle est acceptée…

sticker-fleche-6Le collège « bien-être », « le plus important pour l’entreprise » selon Laurent Guérin, a pour vocation de créer les conditions telles que chaque salarié ait envie de venir et de rester travailler chez AISECO. « L’objectif est d’éviter de reproduire au sein de l’entreprise, ce que l’on n’a pas aimé ailleurs et de créer ce que l’on aimerait y vivre », indique Laurent Guérin. Quelques exemples d’actions mises en place par ce collège : s’investir une demie journée par semaine auprès d’ONG, organiser deux journées ludiques mensuelles pour les designers, incubation de cinq sociétés par an au sein d’AISECO…

sticker-fleche-6 Le collège « organisation de l’entreprise » a deux objectifs : l’organisation interne et le suivi des missions.

il s'agit d'un investissement personnel non rémunéréLes membres des différents collèges assurent ces fonctions en plus de leur travail. Il s’agit d’un investissement personnel, non rémunéré. Dans l’année, 4 arrêtés comptables sont communiqués dans leur intégralité aux salariés afin de leur permettre de prendre leurs décisions en toute connaissance de cause. « Les collèges mixent les équipes, les générations, les formations, etc. On aboutit ainsi à des angles de vision différents. C’est très riche », souligne Laurent Guérin.

« Il y a eu des abus au début mais ensuite le système s’auto régule tout seul »

Ce système ne risque-t-il pas d’engendrer des abus ? « Il y a eu des abus au début mais ensuite le système s’auto régule tout seul », reconnaît Laurent Guérin. Il est, par exemple, très difficile de réclamer devant tous ses collègues une augmentation de salaire si l’on sait que son travail n’a pas été exceptionnel. « C’est vrai que ce modèle met les salariés hors de leur zone de confort au début. Mais ils se sont vite approprié le système. La seule difficulté, vite résolue, a été d’obtenir que chacun écoute tout le monde », témoigne Laurent Guérin.

Les salariés sont propriétaires des murs

les locaux appartiennent aux salariés à qui l'entreprise verse un loyer

En 2011, AISECO a fait construire des locaux à Palaiseau. Le budget et la conception ont été confiés aux salariés. Résultat ? « Les locaux sont hyperfonctionnels et adaptés aux besoins des salariés. Il y a des zones de vie, de silence, etc. Tout est organisé pour le travail en commun et pour suivre les différentes périodes de vie d’un projet avec les clients », commente Laurent Guérin. Les locaux appartiennent aux salariés, à qui l’entreprise verse un loyer.

Et le rôle du dirigeant dans tout cela ?

« J’ai le même rôle que mes salariés sauf que je suis créateur et porteur du projet. Je passe trois jours par semaine chez les clients. Je rencontre plein de gens et j’adore cela », indique Laurent Guérin.

AISECO, « la meilleure entreprise du monde »

Les résultats économiques sont au rendez-vous de ce modèle de management atypique. Le chiffre d’affaires progresse de 80 % par an. Initialement attendu à 10,3 millions d’euros, le chiffre d’affaires 2014 va atteindre 12, 8 millions d’euros. La rentabilité nette d’AISECO dépasse 15 %.

« On a la meilleure entreprise du monde. Quand survient un problème, il est exposé devant tout le monde et on cherche à le résoudre avec notre propre intelligence, pas à appliquer des règles », se félicite Laurent Guérin.

Arrêter la croissance de l’entreprise pour préserver le savoir-être entre les salariés

Avec de tels résultats,  il serait tentant de poursuivre le chemin du développement. Ce serait mal connaître la philosophie d’AISECO. « Nous avons fait le choix de nous limiter à une quarantaine de salariés et d’arrêter notre croissance pour maintenir le savoir-être entre nous », annonce Laurent Guérin. De fait, dans les années à venir, l’entreprise limitera le nombre de projets à 180 par an (172 en 2014) afin de se donner du temps pour préserver son niveau de qualité. « Nous ne sommes pas sur le marché pour baisser les coûts mais pour travailler dans la qualité », assure le dirigeant d’AISECO.

Un modèle reproductible ?

Laurent Guérin ne pense pas que le modèle d’AISECO soit reproductible car chaque entreprise a ses particularités, ses propres tabous à faire sauter. En revanche, il est convaincu que :

sticker-fleche-6Chacun a le droit à l’erreur à condition d’analyser lucidement les raisons de son échec,

sticker-fleche-6La personne la plus concernée par un problème est la mieux placée pour le résoudre…

sticker-fleche-6Beaucoup de petits, rassemblés derrière un étendard commun, sont plus forts qu’un grand patron, tout seul…

 

Merci à Caroline Scribe, journaliste free-lance pour cet interview.

3 réponses à “AISECO, ENTREPRISE AUTO-MANAGEE PAR SES SALARIES

  1. Lasse d’entendre et de lire que dans toutes les boites c’est pareil, que c’est une utopie de croire que l’on peut s’épanouir au travail, y être heureux ; dans ce climat social morose, qu’il est bon de lire cet interview. Merci et une très bonne année à Aiseco et à tous! Le bonheur dans l’entreprise sans modération pour cette année 2015!

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